St Kilda et l'écologie

Le changement climatique menace les oiseaux à St Kilda

Traduction de l’article « Climate change is threatening the seabirds of St Kilda » paru initialement dans The Guardian le 4 décembre 2015.

A cause du réchauffement des mers, les macareux et les mouettes de St Kilda sont en danger. C’est ce que montrent les découvertes récentes du National Trust for Scotland*.

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Les falaises de St Kilda abritent parmi les plus grandes colonies d’oiseaux marins d’Europe

La survie des oiseaux comme les macareux et les mouettes de St Kilda (l’archipel est en effet le refuge de l’une des plus importantes populations mondiales d’oiseaux) est menacée par le changement climatique, ainsi que le montrent de nouvelles recherches dont les conclusions sont accablantes. Les naturalistes ont ainsi découvert que la mouette, ce petit oiseau migrateur, est sur le point de disparaître de St Kilda. La situation est extrêmement préoccupante sur ce site qui bénéficie à l’instar de 23 autres lieux d’un double classement au patrimoine mondial de l’Unesco -pour sa culture et pour son histoire naturelle. Cette saison, la mouette ne s’est pas reproduite à St Kilda. Un seul poussin est né là-bas cette année, ce qui fait suite  à une diminution de 99% des nids occupés depuis les années 1990. C’est la moitié de la population de l’espèce qui a déjà disparu. Même constat sur le nombre de poussins fulmars qui a plongé de 33% depuis 2005, tandis que la population des macareux de St Kilda est également en déclin permanent.

Quelles sont les causes mises en lumière par le National Trust for Scotland ? Celles-ci sont claires. C’est le réchauffement des mers à l’ouest des Hébrides qui a provoqué une mutation dans la vie marine dont dépendent les oiseaux. Les poissons sont partis  plus loin au nord dans des mers plus froides ou se sont réfugiés dans les grandes profondeurs. Privés de leur nourriture naturelle, les oiseaux meurent de faim. Ces découvertes ont alerté les écologistes qui se sont penchés sur la question.

« Ces données sur St Kilda sont vraiment très inquiétantes » explique le docteur Paul Walton, directeur des habitats et espèces en Écosse pour la Société Royale de la Protection des oiseaux. « Nous sommes en train de perdre des colonies entières de ces oiseaux et maintenant, c’est un très sérieux problème. Franchement, ça me brise le cœur, vraiment. Avec la conférence décisive de l’ONU sur le climat à Paris, toutes les données récoltées soulignent l’état d’urgence à agir au sujet du changement climatique. Plafonner l’augmentation de la température globale à 2°C – l’objectif des législateurs – pourrait suffire et permettre à l’environnement marin de s’adapter au fil du temps », ajoute M. Walton.

« Ici, le lien avec le changement climatique est évident et a besoin de se régler à Paris : ce qu’ils vont décider là-bas sera déterminant pour l’avenir de nos oiseaux » continue le docteur. « Nous avons conscience de ce que dit la science. Les effets du changement climatique se déploient sur l’environnement marin autour de l’Écosse et se voient dès à présent. Ce n’est pas dans l’avenir. C’est déjà là. »

St Kilda, l’un des plus grands sanctuaires d’oiseaux au monde, était autrefois habité par une communauté isolée qui célébrait les oiseaux grâce auxquels elle survivait jusqu’à l’évacuation de 1930. A son apogée, on comptait plus d’un million d’oiseaux sur les hauteurs de l’île, sur les falaises vertigineuses, les rochers escarpés… L’archipel accueillait la plus grande colonie au monde de fous de bassan et presque un tiers des emblématiques macareux Atlantique qui vivent autour du Royaume-Uni et de l’Irlande. En 1987, le National Trust for Scotland comptait 7829 mouettes sur les îles. Aujourd’hui ce chiffre n’est plus que de 3886. Lorsque la surveillance quotidienne a débuté il y a 21 ans, il y avait 513 nids de mouettes occupés. Cette année, les chercheurs n’ont trouvé que 4 nids et un seul poussin. Les fulmars sont également touchés puisque le nombre de  leurs nids a diminué de 37% depuis 2002, avec des taux de productivité bien en dessous des niveaux normaux, avec en moyenne 0.28 poussins par nids (pour 0.42 de 2005). Les populations de macareux connaissent les mêmes difficultés. Avec 0.59 poussins par terrier, le National Trust for Scotland précise que la reproduction des macareux est « toujours en dessous de la moyenne sur le long terme et que les conditions sont moins favorables pour la reproduction de l’espèce. » Susan Bain, qui s’occupe de l’île pour le National Trust for Scotland, a exclu les champs d’éoliennes et la surpêche comme étant cause du déclin des oiseaux. Les études sur des mouettes mortes montrent qu’elles ne s’alimentaient pas selon leur régime habituel, et indiquent bien que les poissons se sont déplacés pour vivre dans des eaux plus fraîches.

« Nous constatons des déclins importants dans le nombre des espèces, ce qui indique qu’il y a quelque chose qui change dans les mers. » dit Mme Bain. « Nous savons que la température des mers se réchauffe, donc les poissons se déplacent ou se trouvent dans des eaux plus profondes. »

Mme Bain explique aussi que les chiffres mis en lumière sont particulièrement inquiétants, étant donné l’importance biologique exceptionnelle de l’île. Mais pour l’instant, elle n’est pas inquiète quant à la position de l’Unesco. « Pour le moment, non, je ne m’inquiète pas, mais je ne voudrais pas non plus être complaisante à ce sujet. » dit-elle. « Si ces baisses continuent, alors oui, peut-être. »

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Fulmar en vol, photo Andreas Trepte

Des visiteurs habituels, restant longtemps sur place, ont remarqué l’absence des mouettes, ajoute-elle. « Nous avions l’habitude de voir deux cents nids autour de Village Bay par le passé. Aujourd’hui, ils sont quatre, ce qui est bouleversant. C’est très visible. Statistiquement, les nids sont éteints, même si nous allons continuer à les chercher l’année prochaine. Vous savez, normalement c’est un endroit bruyant. Vous montez jusqu’aux falaises et regardez par-dessus et il y a ce bruit constant qu’émettent les fulmars, les guillemots et les petits pingouins… Quand ils partent et s’envolent vers la mer, vous remarquez vraiment le silence. Ça changerait la nature du lieu de façon significative si la bande son disparaissait. »

Article original : Michael MacLeod, Severin Carrell – Traduction, arrangements : Valérie G., Clément B.

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* Le National Trust for Scotland est l’organisme écossais chargé de la protection et de la promotion du patrimoine naturel et culturel de l’Écosse.

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13 réflexions sur “Le changement climatique menace les oiseaux à St Kilda

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