Voyage

Road trip en Écosse #12 : St Kilda (3/3)

Et voici enfin le douzième épisode de notre road trip estival en Écosse (du 26 juillet au 11 août 2017), toujours rédigé à partir de mon carnet de bord. C’est avec de bonnes chaussures de marche et un gros sac à dos que nous sommes partis à la découverte d’un pays à la beauté fascinante. Après le voyage sur une mer démontée, l’exploration de l’île principale d’Hirta, nous revoici à bord de l’Integrity pour une visite de l’archipel à la terrible beauté. Nous sommes vraiment allé jusqu’au bout du rêve, au-delà même.

(Pour visualiser les photos en qualité optimale, cliquez dessus).

12 – St Kilda (3/3) : Jusqu’au bout du rêve (4 août 2017)

Je voudrais continuer jusqu’à l’observatoire. Je voudrais continuer, admirer l’île de Soay que je devine au fond, massive, dernière terre émergée avant l’Amérique et ses grands espaces. Je voudrais continuer, faire le tour de l’île, pousser jusqu’à la fenêtre, là où les garçons devenaient des hommes  et rester toute la nuit à admirer le déchaînement serein de la mer.

Mais le temps passe. Plus de la moitié de nos quatre heures sur Hirta déjà. Tellement de choses à voir encore. Quelques photos et puis la descente s’amorce. Longue, pentue, difficile. Avec Camille, on se regarde. On s’arrête. On ne pourra jamais descendre par ici, c’est à pic. Comment faire ? Quelques moutons nous observent, moqueurs. Puis ils s’éloignent en trottinant entre les herbes folles et les cleits en ruine. On va les suivre. Ils connaissent le chemin. Dérangés dans leur promenade, ils pressent le pas, agacés. Peu à peu, en suivant le chemin des moutons, nous arrivons à redescendre par un chemin praticable. Sans trop y laisser nos mollets, nos chevilles et nos genoux soumis à rude épreuve. Et finalement, on y arrive ! On atteint la route bétonnée qui monte à l’observatoire et la descente continue au milieu des moutons indifférents. Nous ne seront bientôt plus qu’un souvenir pour eux de toute façon. De retour au village, il nous reste environ trente minutes pour visiter l’école, l’église, faire un tour à la petite boutique et aux toilettes de l’île. L’école et l’église sont austères. Rien de superflus et l’on imagine sans peine « la tristesse des dimanches » où les St Kildans étaient obligés de se rendre à la messe. Le moment est émouvant. Dans la boutique, je ne peux pas résister : j’achète un t-shirt et un bonnet St Kilda ainsi qu’un porte-clefs et une peluche de macareux, l’emblème de l’île. Nous retrouvons ensuite les autres, à l’heure pile, pour reprendre le bateau. Ils nous ont aperçus au sommet d’Hirta et sont admiratifs lorsqu’on leur décrit notre itinéraire tout en remettant nos pantalons imperméables et nos gilets de sauvetage. Quand le zodiac s’éloigne du pier pour regagner l’Integrity, je sens un pincement au cœur teinté d’une certitude. Un jour, je reviendrai.

Le moteur se met en marche. L’eau bouillonne à l’arrière du bateau. Nous nous dirigeons vers l’île de Dùn, étroite, peuplée d’oiseaux uniquement. Pas de moutons ici, pas d’habitations non plus : les hommes n’y ont jamais vécu. Andy nous explique cette particularité et nous parle des oiseaux qui y nichent, terrain idéal pour bâtir des nids abrités. Le bateau repart. Cette fois nous allons contourner Oiseval, l’extrémité d’Hirta pour aller se poser au pied du Conachair. L’Integrity prend de la vitesse et les colonies de puffins qui barbotaient tranquillement s’envolent devant nous. Leurs ailes battent à toute vitesse : on dirait de petits hélicoptères !

Quelques minutes plus tard, nous voici aux pieds des immenses falaises rocheuses, les plus hautes d’Europe. C’est un véritable mur, abrupte, qui s’élève à plus de 400 mètres au-dessus de nos têtes ! Tout à l’heure, nous étions en haut, nous voici tout en bas désormais. Et c’est tout aussi impressionnant. L’océan est agité, le bateau tangue dangereusement. On est balloté par les flots, on se sent incroyablement fragiles et petits, écrasés par la grandeur des falaises et par la force de l’océan. Camille tente de prendre des photos et je dois la tenir pour qu’elle ne chavire pas. Une vague plus forte que les autres nous asperge d’eau salée et l’on aperçoit une otarie sur les rochers. Au-dessus, les oiseaux planent pendant qu’Andy nous évoque les différentes espèces qui peuplent l’archipel et leur mode de vie.

Ian remet ensuite les moteurs en route pour la dernière partie de la visite. Le bouquet final. L’Integrity longe d’abord Hirta puis franchit l’étroit passage entre l’île principale et un imposant piton rocheux, avant de prendre le large vers l’île de Boreray à environ 3 miles d’ici. Peu à peu, la masse imposante de l’île et de Stac Lee semble s’élever au-dessus des flots et écraser par la taille notre petit bateau. La suite est difficile à décrire : j’ai peur de ne pas réussir à faire passer la force et la beauté d’un moment extraordinaire. Mais je vais quand même essayer. Au-dessus de nos têtes, le bleu du ciel joue à cache-cache avec le noir des nuages tandis qu’en cette fin d’après-midi les oiseaux sont de sortie. Et c’est impressionnant. À mesure qu’on s’approche de Stac Lee, on en voit de plus en plus. Des milliers qui tournent dans les airs. Des milliers qui planent au-dessus de nous, à quelques mètres seulement. On les voit nettement, les rois des airs, si près de nous qui osons nous aventurer sur leur territoire. Ils grouillent. Il y en a tellement que Stac Lee en est littéralement recouvert. Le Stac n’est pas blanc comme on pourrait le croire de loin. Il est simplement recouvert de milliers de volatiles marins et de leurs fientes… Comme dans un rêve, nous passons entre les récifs et nous contournons Stac Lee. Stac An Armin, imposant rocher de presque 200 mètres de haut qui semble tout droit sorti d’une époque oubliée se dresse devant nous tandis que la masse imposante de Boreray nous surveille. Autour de nous, les oiseaux sont là, par dizaines de milliers. Certains passent si près que je peux voir leur orbite noir, glacé, peu accueillant… Les lumières sont sublimes, l’instant magique. Et pourtant ce que nous avons devant les yeux est bien réel. Nous savourons et prenons quelques photos, le bateau balloté par les flots.

La visite de St Kilda s’achève aux pieds des falaises de Boreray, moins hautes que le Conachair mais également très impressionnantes. À flanc  de rochers, des moutons cherchent leur nourriture dans des endroits improbables. Les oiseaux nous accompagnent encore, dans un spectacle toujours aussi fascinant. Alors que les moteurs se remettent en route, la lumière du jour déclinante offre un dernier panorama féérique sur l’ensemble de l’archipel. La lumière, les reflets, les ombres, les masses rocheuses et les oiseaux donnent à l’ensemble un aspect irréel. Comment quitter un endroit aussi beau ? C’est ce que je me demande tandis que les îles s’éloignent peu à peu pour ne plus être qu’un souvenir perdu quelque part entre deux infinis. Le voyage du retour file comme dans un rêve. Nous traversons les Hébrides extérieures sous un coucher de soleil à la terrible beauté, le visage fouetté par le vent et l’eau de mer. Plus tard, aux premières lueurs de la nuit, l’Integrity accoste tranquillement à Uig Pier. Tout est si calme. Et moi, je vais avoir du mal à revenir de ce voyage-là.

Coucher de soleil sur les Hébrides extérieures ©Camille Peney

St Kilda pratique

Pour se rendre sur l’archipel, 3 compagnies de bateau proposent de faire le voyage entre avril et octobre, si le temps le permet. Deux options s’offrent donc à vous : compter sur un coup de chance ou avoir la possibilité d’avoir une flexibilité sur ses dates de séjour afin d’avoir une option de replis sur une autre journée de voyage.

Vous pouvez vous rendre sur St Kilda depuis Uig (Isle of Skye) avec la compagnie Go to St Kilda. Prévoir 2 x 4h de bateau pour se rendre sur l’archipel. Prévoir également des vêtements chauds et imperméables ainsi qu’un pique nique. Il faut compter environ 220£ par personne. Ce n’est pas donné mais ça les vaut, le site étant quasi inaccessible et d’une beauté époustouflante. Les excursions se font à la journée, mais il existe aussi une possibilité de camper sur l’île.

Le voyage est également possible depuis les Hébrides extérieures avec les compagnies Kilda Cruises (départ de Leverburgh, South Harris, 215£ par personne) et Sea Harris (départ de Leverburgh également, 185£ par personne).

A suivre…

Clément B.

Publicités

17 réflexions sur “Road trip en Écosse #12 : St Kilda (3/3)

  1. Pingback: Road trip en Écosse #13 : Old Man of Storr & Trotternich |

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s