Autour de Kilda

Ar-Men, l’autre bout du monde (2/3)

Bonjour à toutes et tous,

Dans l’article précédent, je vous racontais la rencontre avec les phoques et les dauphins sur la route du mythique phare d’Ar-Men à bord du bateau d’Archipel excursions piloté par Didier, notre guide passionnant et passionné. Seconde partie aujourd’hui : face à face avec Ar-Men, l’Enfer des enfers.

2. L’Enfer des enfers.

La mer est si calme aujourd’hui. Le bateau prend de la vitesse et la silhouette du phare grandit à mesure que nous approchons. Je suis comme hypnotisé. Bien sûr, j’ai déjà vu des images du phare. Sur des cartes postales, dans des reportages. En bande-dessinée même. Et avec la tempête en plus. Mais là, en voyant surgir ce cierge noir et blanc dressé au milieu de nulle part, je crois que je comprends mieux. Je comprends mieux l’invraisemblance du chantier pour arracher cette miette à la mer. Je comprends mieux ce que devait être le quotidien des gardiens du phare, coincés trente jours de suite au minimum sur ce bateau immobile. Coupé du monde.

Arrivée sur Ar-Men à bord du bateau d’Archipel excursions ©Camille Peney

Nous sommes tout près maintenant. Je pense à haute voix :

« C’est complètement dingue ! »

A côté de moi, une passagère-photographe hoche la tête. Oui, c’est complètement dingue. Ar-Men est là, se dresse devant nous. Trente-trois mètre au-dessus de la mer qui lui chatouille les pieds. A l’origine, le phare ressemblait à une tour effilée de 7 mètres de diamètre. Quinze ans après sa mise en service, le socle fut consolidé. La base est entourée de ciment et un contrefort vient solidifier la face sud-est, particulièrement exposée. Le pied d’Ar-Men est noir, les algues s’y agrippent comme si elles tentaient de reprendre leur place sur la roche volée par les hommes. Une barrière rouillée entoure la plateforme depuis laquelle nous observent des cormorans, seuls gardiens des lieux. En remontant vers le sommet de la tour, on lit le nom du phare écrit noir sur blanc : AR-MEN. En lettres capitales. Comme un défi lancé à l’océan. Malgré les déferlantes qui le font vaciller, Ar-Men est toujours là. Fidèle gardien de la chaussée de Sein depuis cent-trente-huit ans.

En voyant l’eau si calme ce jour-là, on imagine mal pourquoi ce lieu était tant redouté par les gardiens qui le surnommèrent l’Enfer des enfers. Les gardiens avaient coutumes de classer les phares en trois catégories : paradis sur ceux situés sur le continent, purgatoire pour ceux situés sur une île et enfer pour les phares de pleine mer. Du fait de son isolement extrême, Ar-Men fut rapidement étiqueté comme étant le pire phare parmi les enfers. L’Enfer des enfers. Là où les murs tremblent sous l’assaut des vagues. Là où souvent, le mauvais temps rendait impossible toute relève. Un gardien resta ainsi plus de cent jours seul sur le phare, les tempêtes empêchant l’approche.

La coupole du phare d’Ar-Men, là où le feu brûle sur l’océan ©Camille Peney

Au sommet, sous la coupole blanchie par les fientes d’oiseaux, le feu est éteint. Il s’éclaire la nuit et projette trois éclats blancs toutes les vingt secondes. Il n’y a plus personne aujourd’hui dans le phare qui fut automatisé dès 1990. Didier m’explique qu’aujourd’hui, le phare est entretenu par les Phares et Balises de Brest ainsi que par la Société Nationale pour le Patrimoine des Phares et Balises qui a d’ailleurs installé très récemment des panneaux solaires en haut d’Ar-Men pour alimenter l’éclairage. Depuis qu’il n’y a plus de gardiens dans les phares, ce patrimoine maritime soumis aux tempêtes et à l’humidité se trouve fragilisé. Les gardiens assuraient en effet l’entretien régulier et tous les travaux intérieurs qui ne se font plus aujourd’hui. Pour le quotidien des gardiens de phare, Didier me conseille de regarder le film L’équipier avec Philippe Torreton. C’est noté.

Je profite de chaque instant. Je respire l’air des lieux, je fixe au fond de ma rétine ces images que j’ai imaginées, longtemps. Le bateau fait le tour du phare, lentement. Sans trop le coller, les récifs sont traîtres par ici. Je reste silencieux pour ne pas troubler la force du moment. Mais déjà, il faut repartir, l’heure tourne. Le moteur se remet en route et je regarde s’effacer la silhouette du phare à regret.

Nous quittons Ar-Men ©Camille Peney

 

A suivre…

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3 réflexions sur “Ar-Men, l’autre bout du monde (2/3)

  1. Pingback: Ar-Men, l’autre bout du monde (3/3) |

  2. bonjour contrairement a vos écrits le phare d’ar-men n’est pas ou peu entretenu par l’association snpb ( société nationale des phares et balises ) mais par les phares et balises de brest ( service d’état )

    Aimé par 1 personne

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