Actus

A la table de Terre à ciel

Février, déjà. Pas trop le temps de publier ces derniers mois, alors j’essaie de rattraper le coup. D’autres infos / actus viendront avec – je l’espère – la reprise des lectures publiques. Le manque commence à se faire ressentir.

En janvier, j’ai eu l’immense plaisir d’être invité à la table de la revue Terre à ciel. Terre à ciel, est une revue en ligne qui donne un bel aperçu de la poésie d’aujourd’hui. Je connais le site depuis quelques années, il est d’une (très) grande richesse. On y trouve beaucoup d’autrices et d’auteurs contemporains confirmés, des présentations d’éditeurs, de revues, des entretiens avec des poètes, des pages dédiées à des voix lointaines, des notes de lecture… C’est une véritable mine d’or pour celle.eux qui s’intéressent un peu à la poésie.

Voici l’édito du numéro de janvier, signé Florence Saint Roch. Vous pouvez vous amuser à y retrouver quelques-un des mes mots !

« Souhaiter à tous une année nouvelle vraiment nouvelle, voilà qui, par-delà les usages, sonne comme une nécessité. Ce début 2021, les vœux ont plus que jamais valeur vocative – formulent ce qui nous appelle, ce à quoi nous sommes appelés. En ces temps d’« eaux noires » où l’on peut jusqu’à entendre « pleurer les pierres », notre résolution se raffermit, aussi notre équipe, avec tous ceux qui le veulent, s’engage à remuer terre et ciel en poésie.
Parce que, ainsi l’énonce Edmond Jabès, « nous mourons de ce qui nous réduit », nous voici tous vivement exhortés à la pleine expression, sommés d’œuvrer aux plus complets développements. Si nous ne pouvons pas toujours repousser les murs, en revanche, nous pouvons créer des brèches, ménager des ouvertures, interstices ou intervalles qui nous donnent de l’air, et nous permettent de voir plus loin et plus clair : « saisi du dehors/œil buvant le flux », force est de sonder « les obscurités nécessaires » et de gagner les « lueurs » comme on gagne les hauteurs. Dès que l’on instaure un écart, il nous est loisible d’y « chercher d’autres espaces », de « rêver », de laisser surgir « sept soleils », de produire des échos, d’accueillir des voix nouvelles. Susciter de l’autre, ou devenir autre, autant d’évolutions qui requièrent d’« avoir foi en la marche », de « traverser le désert », d’« être seuil » et de « dire oui », un oui éclairé à ce qui nous allège et à ce qui nous vivifie
. »

Voici mes textes, reproduits ici. Vous pouvez les retrouver directement sur Terre à ciel, par ici.

détruire les sons
toujours ces eaux
            noires
la fraicheur de l’écorce sous la paume
j’ai vu pleurer les pierres sur des sols desséchés
entendu
le cliquetis des larmes de la Terre
au milieu d’un désert
il y avait une fleur
à peine posée sur l’eau
il y avait cette fleur
silencieuse
qui ne troublait ni la chaleur
ni les souvenirs
et dont la tige nue perlait encore
lien fragile vers la vie

l’écorce est bien davantage qu’une peau
l’écorce est une enveloppe apatride
sur laquelle prolifèrent mousses et champignons
quand l’arbre meurt
son être est rongé de l’intérieur
jusqu’aux derniers instants
l’écorce masque
dissimule la déchéance
le pourrissement des chairs
quand les feuilles déposent les armes
face au tourment des vents glacés
l’écorce tient sa position
se dresse dans le crépuscule
et la lumière rasante
         froide
les racines montent vers le ciel
gravée dans les interstices taillés par les lames du rasoir
la certitude de voir s’achever l’hiver

rien d’autre que la nuit
         perforée par les ronces
rien d’autre que la nuit
lacérée par les épines d’une rose
            rouge
meurtrie d’orages à la voix claire
sur le lit dans le coin de la chambre
tu dors nue
la fenêtre ouverte
et l’ombre des branches sur ta peau
révèle mouvement
on dirait que tu danses
au plus profond du sommeil
rien d’autre que la nuit
sans fin
bordée par le silence de ton souffle

contre la voie ferrée
la terre couleur de sang s’évapore
sous un soleil brûlant
arrachés à la montagne de granit
des blocs jetés
         au hasard
on dirait des îles
         émiettées
coincées entre le roc imperturbable
et le tremblement des rails à l’approche du train
écouter
écouter la rumeur devenir tumulte
ensuite chercher
chercher
là quelque part dans ce non-lieu
l’endroit où signifier sa présence
le trouver
une pierre plate lisse
         sans aspérité
attendre enfin
attendre
toujours la patience chevillée au corps
alors la pluie se met à tomber
recevoir l’encre
et puis écrire
         écrire encore
laisser une trace de son passage

l’aube immobile fait frémir les eaux du lac
tressaillir la cime des arbres
entre deux éboulis
la lumière déchiquetée
se reflète à la surface
         s’égare
je devrais me contenter d’impressions
pour guider mes pas

sur la photo le temps figé
il manque l’odeur
et la vie qui reprend son cours
après la pause
entre parenthèses

j’ignore où se trouve l’origine
         du sillon qui traverse ce front
des reflets argentés striant ces cheveux
de ces yeux pochés de soucis
peut-être
         est-ce la vie qui fait naufrage
à moins qu’elle ne trouve
         refuge
dans le lit accueillant des cicatrices du temps

écoute murmurer cette femme
dans une langue qui semble familière
une langue qui s’enfuit
c’est une voix qui griffe les murs
une voix dont les consonnes s’entrechoquent
les sons se perdent dans l’absence de vibration de l’air
entre deux airs familiers
ne pas se sentir à sa place

©Clément Bollenot

Une réflexion sur “A la table de Terre à ciel

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