Autour de Kilda

De Perth à St Kilda : le voyage d’une photographe

Après Aimez nos îles, sauvez nos oiseaux, nouvelle traduction d’un article de la jeune photographe écossaise Karen Thorburn. Retour aujourd’hui sur son article From Perth to St Kilda : A photographer’s journey publié initialement le 9 juillet 2016.

Il y a dix ans aujourd’hui que j’ai mis les pieds à St Kilda pour la première fois. Pour fêter cet anniversaire, j’ai repensé à ce long voyage personnel vers ces îles qui m’inspirent tant.

Un bref moment de chance peut changer votre vie

À l’été 2002, alors âgée de 16 ans, j’ai passé une journée sur l’île de Berneray à Harris. Le soleil brillait alors que mes parents et moi traversions le machair (bords de mer) tout en admirant les eaux turquoises léchant le sable d’une plage dorée. C’était idyllique. Quelque chose à l’horizon attira le regard de mon père. Des formes au loin, dont je sais maintenant qu’ils sont Hirta, Dùn et Soay sur la gauche, Boreray, Stac Lee et Stac an Armin sur la droite. « Ce doit être St Kilda ! » s’exclama-t-il ; A quoi je répondis « C’est quoi St Kilda ? ». Il me parla alors brièvement d’un archipel isolé dans l’Atlantique nord, évacué en 1930, où les habitants escaladaient les falaises et les piliers de pierre pour attraper les oiseaux et leurs œufs. Intriguée, je pris une paire de jumelles et balaya la vue sur les îles, sachant que j’étais en train de regarder quelque chose de spécial. Ce moment restera gravé dans ma mémoire à jamais et je serai éternellement reconnaissante que St Kilda n’ait pas été enveloppée par les nuages ce jour-là.

The west coast of Berneray

The west coast of Berneray

The Life and Death of St Kilda

Je vais me risquer  à une supposition en disant que la plupart des adolescents ne demandent pas un exemplaire de The Life and Death of St Kilda de Tom Steel comme cadeau pour leur 17ème anniversaire. Heureusement je n’ai jamais aimé être comme les autres et ce fut l’un des premiers livres que j’ai acquis sur les îles écossaises. Ma bibliothèque aujourd’hui regorge d’ouvrages sur les îles écossaises et la majorité sont d’ailleurs dédiés à St Kilda. Mon exemplaire de Tom Steel, consulté à outrance, sur l’histoire émouvante d’une communauté insulaire disparue est de loin mon préférée. Lorsque j’en eu terminé la lecture la première fois,  j’ai visité le site internet du National Trust for Scotland à propos de St Kilda, posté un commentaire sur le livre d’or en espérant y faire le voyage un jour. Je n’aurai jamais pensé que, moins de 4 ans plus tard, je me tiendrais debout au sommet du Conachair et contemplerais à l’est la mer étincelante jusqu’à la plage dorée de l’île de Berneray, avec le livre de Tom Steel qui m’attendait sur ma table de nuit dans le cottage n°2.

Village Bay depuis les hauteurs du Conachair

Village Bay depuis les hauteurs du Conachair

Passeport pour St Kilda

J’ai étudié la géographie à l’université d’Édimbourg entre 2003 et 2007. Alors que ma dernière année approchait, je me torturais l’esprit pour trouver mon sujet de mémoire. Un jour que j’étais toujours sans idée, alors que j’assistais à une conférence j’eu un déclic. St Kilda s’est imposé à mon esprit et je me souvenais d’avoir lu des extraits que je pourrais travailler quand je visitais le site internet de l’île quelques années auparavant. Mais je devais attendre la fin de la conférence avant de commencer mes recherches ! Je suis donc  retournée à mes recherches et j’ai rempli une demande de candidature pour rejoindre un groupe de travail en mission sur St Kilda à l’été 2006. Heureusement ma candidature fut retenue et mon « passeport pour St Kilda » arriva bientôt sur mon paillasson.

De Perth à St Kilda

Mon voyage à travers l’Écosse fut épique. Depuis la maison de mes parents à Perth, sur le chemin vers St Kilda, j’ai pris un taxi, quatre bus et deux bateaux, le tout entrecoupé d’une nuit à l’auberge de jeunesse Uig et d’une nuit à Drinishader. Chaque kilomètre de ce long voyage en valait la peine lorsque le bateau, Orca, arriva en vue de Village Bay. Je fus immédiatement frappée par deux choses : tout d’abord l’échelle simplifiée du lieu – un vaste amphithéâtre entourée de falaises spectaculaires ; ensuite la couleur vert vif des pentes de Dùn, Mullach sgar, Mullach Mor, Conachair et Oiseval. J’étais tellement habituée à regarder les vieilles photos en noir et blanc de ces îles que je ne m’attendais pas à voir cette splendeur en technicolor.

Les tenants et les aboutissants de mon sujet de mémoire se sont mis en place seulement 2 mois plus tard, mais j’ai passé 15 jours à St Kilda dans un groupe de travail archéologique, baignant dans l’atmosphère des îles, remplissant la carte mémoire de mon appareil photo, lisant chaque bout d’information que je pouvais trouver et gribouillant des notes dans mon agenda chaque soir. Heureusement j’avais encore beaucoup de temps pour les fouilles archéologiques, les promenades sur les îles, un voyage ensoleillé en bateau autour de l’archipel complet (le meilleur billet de 5 livres dépensé de toute ma vie !), de bons repas dans le cottage n°1, titubant parfois en rentrant de l’auberge The Puff dans le nuit sombre au son tambourinant des bécasses au-dessus de nos têtes.

Les Fous de Bassan autour de Boreray

Les Fous de Bassan autour de Boreray

Un statut emblématique

Ces deux merveilleuses semaines passèrent bien trop vite. A mon retour dans la capitale je m’immergeais plusieurs mois dans mes recherche puis dans l’écriture. Mon mémoire avait un titre un peu pompeux : « Démolir le statut emblématique de St Kilda : discours sur  la distance, la mythologie et la responsabilité. » En gros, je cherchais une suite. St Kilda avait été élevée à un statut presque mythologique après la période de l’évacuation, avec beaucoup de représentations des îles caractérisées par la nostalgie d’un mode de vie perdu ; l’intérêt scientifique grandissant pour sa flore, sa faune et l’archéologie ; et la conservation en tant que site classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Cependant, malgré la situation géographique isolée, St Kilda et son histoire partagent des similitudes avec d’autres îles, en Écosse et ailleurs, et l’archipel n’est pas immunisé contre les différents problèmes urgents de l’époque moderne, notamment le changement climatique et la pollution marine. À l’époque où j’écrivais mon mémoire, le sujet était très peu étudié mais un certain nombre de publications abordant ces thèmes ont depuis inondé le marché.

Les falaises du Conachair

Les falaises du Conachair

L’avenir

En 2010, je suis retournée à St Kilda avec mon compagnon Mark, en camping et en tant que bénévole. J’ai emporté un exemplaire de mon mémoire et l’ai lu alors que nous étions assis dans notre tente près de Factor’s House. C’est un travail de recherches sérieux et bien écrit, même si j’ai décidé de ne pas essayer de le publier. Je ne veux pas que l’histoire de ces îles que je chéris dans mon cœur soit dévalorisée. Je préfère utiliser mes écrits et mes photos plus positivement, en faisant la promotion de St Kilda (et d’autres îles écossaises) auprès d’un public plus large, espérant ainsi encourager plus de gens à mettre sur leur liste de cadeaux d’anniversaire, de la littérature insulaire, pour apprendre la fascinante histoire de ce site classé au patrimoine mondial. C’est une façon pour moi d’aider à assurer un avenir durable à l’archipel. C’est pour ces mêmes raisons que je soutiens aussi le St Kilda Club et le National Trust for Scotland.

Un bref moment de chance peut changer votre vie. Les graines de mon obsession pour ces îles écossaises ont été semées lors de ma tendre enfance mais se sont développées après ces vacances à Harris en 2002, et en particulier après une journée de voyage fatidique à Berneray avec ma paire de jumelles. L’appel de ces îles continuera à me pousser vers l’est pour les décennies à venir, et ce n’est qu’une question de temps avant que je ne me retrouve à nouveau à bord d’un bateau en partance pour St Kilda.

Article original Karen Thorburn, traduction Valérie G.,  arrangements Clément B.

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