Poésie(s)

Ici, vous trouvez réunis tous les poèmes de Clément Bollenot publiés dans différentes revues de poésie. Certains d’entre eux font partie de Demain incertain, recueil édité chez Gros Textes. Les textes sont présentés du plus récemment publié (en haut de la page) au plus ancien (bas de la page). Cette page est régulièrement mise à jour au rythme des publications.

Belle lecture et n’hésitez pas à laisser un mot au bas de cette page !

-1 texte écrit le 23 avril 2018, publié dans le numéro 79 du poézine Traction-Brabant (juin 2018) :

ci-gît la Commune Libre de Tolbiac
c’est ce qu’ils voudraient nous montrer
grilles fermées
amphis déserts
ascenseurs arrêtés
volets baissés
pourtant
les idées flottent encore sur les murs
il sélectionne nous occupons
            nous ne voulons pas le pouvoir nous voulons pouvoir
            le train des réformes ne passera pas
            l’éducation pas l’expulsion
            nos rêves sont désordre
le rêve d’éteindre la nuit
balayé au petit jour
cinq heures du matin un murmure
d’abord
ce qu’on veut bien entendre
et puis le bruit des bottes
quelques cris
il faut aller vite
cinq heures dix
ils progressent dans les étages
à cinq heures vingt
les coups pleuvent
expulsion méthodique dans le calme
six heures
l’ordre est rétabli
circulez y a rien à voir
les images tourneront en boucle
il faut faire peur
— et faire de l’audimat
c’est l’heure de l’exil
occuper la rue et étreindre la vie

soutien aux exilés !

-1 texte écrit en août 2014, publié dans le numéro 173 de la revue Verso (juin 2018) :

1891 ,d’après Arthur Rimbaud

Un soir, la Beauté s’est assise sur mes genoux.
−Seuls au milieu des masques endimanchés,
elle se jouait de moi et m’enivrait dans ses calices
orchidéens.

−Et, me prêtant au jeu, je l’ai injuriée.

***

Plus tard, le Poète dira qu’aux premières lueurs de l’aube,
tu es venue à la fenêtre chercher la promesse qu’il n’a pas su te faire.
Car il a vu dans les draps, dévoilant ses charmes,
la blanche Ophélia s’ouvrir comme une fleur.

***

Assassiné par la postérité.

 

-1 texte écrit en janvier 2018, publié dans le numéro 25 de la revue Lichen (avril 2018) :

Ar-Men

mer d’Iroise
l’océan se révolte
contre ce feu qui brûle là-haut quand il fait
nuit
cet éclat qui défie les tempêtes
à trente-trois mètres au-dessus des flots
les Hommes
doivent rendre ce rocher noir et visqueux
ce rocher sur lequel ils ont construit un brasier
un mur d’eau décidé
se jette sur les pierres noires et blanches du phare
Ar-Men
vacille de son piédestal
l’onde du choc
se répand le long de l’édifice
les vitres tremblent
sur la table la bouteille se renverse
et s’en va se briser sur le sol
tout entier le bâtiment gémit
encaisse la violence d’un second assaut
dehors
le vent hurle et se mêle au combat
les algues gluantes s’agrippent
rêvent
de reprendre leur bien
rien n’y fait
il est toujours là
debout au milieu de nulle part
l’avoir à l’usure
faire de cet endroit
l’enfer des enfers

-3 textes écrits en 2017, 2015 et 2017, publiés dans le numéro 76 de la revue Traction-Brabant (novembre 2017) :

des enfants
jouent
sur la plage
fument les cheminées
dans un matin gris
engourdi par le froid
il a neigé
hier
et
lorsqu’au large l’horizon sera clair
tous lèveront les yeux
dans l’espoir de voir une coque fendant les flots
ils n’entendront
que le silence du monde

***
souvenir d’autre part
orageuse parenthèse d’une saison
brûlante
volets fermés
fenêtre entr’ouverte
de laquelle s’échappent
râles de plaisir
souffles de jouissance
saisis au vol
la pluie se met à tomber
sans que les cris ne cessent
plus tard
lorsque la femme sera partie
il entendra le plic ploc
contre les vitres

***
après la pluie
la poussière est toujours noire
sous le soleil
la poussière est toujours noire
au clair de lune
la poussière est toujours noire
sur les mains de l’enfant
la poussière est toujours noire
dans les cœurs
la poussière est toujours noire
à travers les bombes
la poussière est toujours noire
au-delà des falaises
la poussière est toujours noire
parmi le couloir des souvenirs
la poussière est toujours noire
rien ne bouge
maintenant
dans le coin de la pièce
la poussière est toujours là

-1 texte écrit en 2013, publié dans le numéro 19 de la revue Lichen (octobre 2017) :

Feuillet n°15

pourquoi
faut-il
à tout prix
gagner
la vie
qu’on nous
a donné ?
non-sens
le verbe
donner
est impropre
à la
consommation
marchande

-1 texte écrit en septembre 2014, publié dans le numéro 170 de Verso (septembre 2017) :

nu comme un ver
de terre
couché dans l’ocre
cheveux mêlés de boue de terre glaise
avec dans la bouche l’âcre goût de la cendre
plonger les mains dans l’âtre
et taire sa douleur
et façonne et moule et construit
l’exactitude d’un sentiment d’exaltation
comme
lorsque tu fais le tour du monde
pour faire le tour de la
question
d’où venons-nous ?

nous sommes matière

-1 texte écrit en 2015, publié dans le numéro 18 de Lichen (septembre 2017) :

Étrange est le pas du matin
qui égare le voyageur dans un delta
imaginaire
Étrangère la lueur de l’aube
qui perce la brume
d’un méandre filandreux

Et tangible est la preuve de
l’existence d’un silence

réparateur

-3 textes écrits en 2017, publiés dans le numéro 15 de Lichen (juin 2017) :

une poignée de sable
et des plumes
se dispersent
aux quatre coins du
monde
ici les vents règnent en maître
terrain de jeu à leur
démesure

***
éparpiller la nuit
disperser les étoiles
sous les branches d’un vieux saule
fermer les yeux
pour
ne plus voir que cette image
gravée sous tes pas

***
seul toujours
quand tremble dans l’air
la rumeur de la nuit

-3 textes écrits en 2016, publiés dans le 14e numéro de Lichen (mai 2017) :

désir d’encre
quand solitude existe
exploration
de
l’imposture des armes
tant de questions
j’ai murmuré ton nom
liberté

***
papillon discret
comme un message dans la nuit
si l’ombre s’avance

***
débris de la terre
éclat d’une lueur qui tremble
sans jamais se taire

-3 textes écrits en 2017, publiés dans le 13e numéro de Lichen (avril 2017) :

dans la bouche
l’odeur du sel
dans les yeux
le goût du vent
dans le nez
le son des nuées
dans les oreilles
la caresse du large
sur la peau
la vision d’un corps
désiré

***
tu te souviens ?
ce matin là dans le flou d’un instant
sous l’épine de l’aube
nos doigts se frôlaient
presque

***
descendre quelques marches
le temps d’un regret
demain incertain

-Texte écrit en 2015, publié dans le 168e numéro de Verso (mars 2017) :

s’éloignant dans les ombres
les falaises
déchirent les flots
noyant l’insensée certitude des lieux
quelque part
un homme se souvient
il se souvient d’un nid
d’un oiseau
d’une aile
d’un frôlement
il se souvient d’un appui qui se dérobe
le cri d’un enfant
et
alors que tout semble terminé
cette lumière vive
soudaine
cette chute sans fin
vers le petit matin

-Texte écrit en 2015, publié dans le numéro 167 de Verso (décembre 2016) :

rocher solitaire
égaré quelque part
si loin du monde
silencieux
longtemps pourtant
le murmure des vents
a colporté les cris d’enfants
écho lointain d’un temps révolu
sur les falaises une fleur s’ouvre
comme la promesse d’un printemps encore
fragile
soumis à la morsure du Nord
plus bas dans la baie
quelques volatiles se pavanent sur les ruines
d’un village construit par les Hommes
des moutons gambadent
paisiblement
insensibles à la mélancolie des lieux
et toujours le vacarme de
l’océan
toujours cette lutte acharnée avec l’île
abandonnée
déjà morte
dont le nom s’efface sous l’assaut des marées

-3 poèmes écrits en 2013/2014 et publiés dans le 166e numéro de Verso (Septembre 2016) :


paix nocturne
rien ne bouge
désormais
le temps
suspendu
à tes lèvres
depuis que la lune
s’est éteinte
sous la caresse
du vent
d’une soirée d’été
-une soirée
lourde, menaçante,
voire orageuse-
une soirée
où le monde
n’a plus d’importance
j’attends une réponse
qui n’a nulle besoin
de mots
tout deux
enlacés
loin du fracas
quotidien
si proche du firmament
seuls sur cette planète
sérénité
et l’on ressent
l’ivresse
des explorateurs
projetés sur d’inconnus
rivages désertiques
nous sommes
seuls
dans l’univers
et pourtant
j’ai toujours soif

***
D’asphalte
et de
goudron
de poussière
d’éclats
de roches
et de rires
de semelles
usées
sur les
vastes avenues
balisées
sous les
projecteurs
de ces monstres
à jamais
éveillés
comment peut-on encore
rêver ?
de routes
faites
d’ignorance
d’avidité
d’avis
tranchés
des chemins
de larmes
d’alarmes
pressantes
-mais méprisées
de clairs
de lune
de clairs obscurs
tranchant
d’artères
survoiturées
de soleils
éteins
étrangement
blêmes
et si ternes
sans essence
ni vie
d’ange
Car nés de
route
et de
doutes
il n’y a
nulle part
ou aller

***
Éclats
tant
abimés par la
griffe
des hommes,
miroir
invisible,
insaisissables
bruissements
sur le sable
sans l’ombre d’un
doute
pourtant
qui franchira
le pas
prisonnier de sa propre
image ?

 

Pour tous les textes ©Clément Bollenot

 

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